Activer le mode zen
Ressource au format PDF

Des infrarouges aux gaz à effet de serre - Expériences et explications pour comprendre les phénomènes en jeu (1/3)

1 - Des infrarouges dans la lumière du Soleil et dans la lumière d'une ampoule halogène

31/03/2025

Julien Delahaye

Institut Néel, CNRS, Grenoble

Aude Barbara

Institut Néel, CNRS, Grenoble

Olivier Cépas

Institut Néel, CNRS, Grenoble

Céline Goujon

Institut Néel, CNRS, Grenoble

Yvonne Soldo

Institut Néel, CNRS, Grenoble

Sylvie Zanier

UFR-PhITEM, Université Grenoble Alpes, Grenoble

Delphine Chareyron

ENS de Lyon

Résumé

Cette série de 3 articles propose un grand nombre d'expériences permettant d'appréhender le rayonnement infrarouge et montrant, à l'aide d'une caméra thermique standard, l'absorption et l'émission dans l'infrarouge moyen de gaz à effet de serre. Ce travail reprend le plan de conférences grand public données lors des éditions 2023 et 2024 de la fête de la science par le Groupe de médiation sur les enjeux environnementaux de l’Institut Néel et de l’UFR-PhITEM de l'Université Grenoble Alpes.


Objectifs

Les objectifs pédagogiques de cette série d'articles sont doubles :

  • Introduire la notion de rayonnement infrarouge en suivant l'expérience historique d'Herschel (et non en utilisant d'emblée une caméra thermique). L'expérience historique d'Herschel, très visuelle et simple à comprendre [article 1/3], permet à la fois de montrer l'existence d'un rayonnement « qui chauffe mais qu'on ne voit pas » avec des thermomètres et de le situer par rapport au spectre de la lumière visible « au-delà du rouge ». L'utilisation d'une thermopile comme capteur de rayonnement en préalable à celle d'une caméra thermique [article 2/3], permet de mettre en évidence le rayonnement infrarouge émis par des corps ayant des températures proches de la température ambiante, sans images en fausses couleurs.
  • Montrer, à l'aide d'une caméra thermique standard, les propriétés d'absorption (et d'émission) de gaz à effet de serre dans l'infrarouge moyen [article 3/3]. On utilise pour cela non pas le CO2, dont les raies d'absorption sont peu ou pas détectées par ces caméras, mais les gaz fluorés présents dans les bombes dépoussiérantes, faciles à se procurer.

Les expériences proposées s'accompagnent de la construction progressive d'un bilan radiatif simplifié de la Terre et de son atmosphère, figure 1. Elles permettent également d'illustrer plusieurs expériences clés dans l'histoire de la compréhension de l'effet de serre : la découverte des infrarouges par William Herschel en 1800, les expériences d'absorption des gaz dans l'infrarouge moyen commencées par John Tyndall en 1859 et les premières mesures spectrales du rayonnement de la Terre par Samuel Langley en 1886.

Bilan radiatif simplifié de la Terre et de son atmosphère

Figure 1.  Bilan radiatif simplifié de la Terre et de son atmosphère

Les valeurs sont données en W/m2 et représentent les puissances moyennes sur 24h, réparties sur toute la surface de la Terre.

Source : d'après Effet de serre une illustration remise dans son contexte, Delphine Chareyron et Olivier Dequincey [1].


1. Des infrarouges dans la lumière du Soleil et dans celle d'une ampoule halogène - Contexte des expériences

L'objectif de cette première série d'expériences est d'expliquer ce que sont les infrarouges et de comprendre la signification de la flèche jaune provenant du Soleil, sur la figure 1.

Pour cela, on propose tout d'abord de mettre en évidence, « avec la main », l'existence (et l'importance) d'infrarouges dans la lumière du Soleil et/ou dans celle d'une ampoule halogène. Puis on décrit et reproduit l'expérience historique d'Herschel pour expliquer leur découverte et l'origine du terme « infrarouge ». Pour des raisons pratiques, l'utilisation d'une ampoule halogène comme source de lumière, plutôt que le Soleil, est privilégiée.

2. Observation du filament d'une ampoule halogène

  • Objectif : montrer que la lumière émise par une ampoule halogène provient d'un filament de métal chauffé, et montrer comment cette lumière change avec la température du filament.

Pour cette expérience d'introduction, on projette l'image agrandie du filament d'une ampoule halogène sur un mur ou un écran blanc, à l'aide d'une lentille convergente, figure 2, et on augmente progressivement l'intensité du courant électrique circulant dans le filament jusqu'à la valeur de fonctionnement indiquée par le fabricant.

On ne voit d'abord rien, puis l'image du filament apparaît sur l'écran (à l'envers), de plus en plus lumineuse à mesure que le courant, et donc la température du filament, augmente. On note également un changement de couleur, le filament passant progressivement d'un jaune-orangé à un jaune presque blanc, figure 3.

Photos de l'écran de contrôle de la source d'alimentation et de l'image du filament pour différentes valeurs du courant

Figure 3.  Photos de l'écran de contrôle de la source d'alimentation et de l'image du filament pour différentes valeurs du courant

Pour notre ampoule, la température du filament atteint plus de 3000 °C (température de couleur donnée par le fabricant : 3450 K) quand le courant atteint sa valeur de fonctionnement de 6,4 A.

Source : Julien Delahaye et al.


Nous reviendrons sur ces observations quand la notion de loi du corps noir sera abordée [article 2/3]. Ce filament chauffé sera notre Soleil artificiel pour la suite des expériences.

3. Le dos de la main comme détecteur de rayonnement

  • Objectif : sentir avec la main qu'il y a dans la lumière de la lampe halogène « quelque chose qui chauffe mais qu'on ne voit pas ».

« […] Sentant les soleils vifs percaliser leur peau […] »

Les Assis, Arthur Rimbaud

On place devant l'ampoule halogène réglée à sa température maximale (courant maximum) un condenseur, de façon à obtenir une tache de focalisation qu'on repère avec un écran blanc.

On demande ensuite à quelqu'un (un « testeur ») de venir mettre sa main contre l'écran, avec la tache de focalisation de la lumière centrée sur le dos de sa main, figure 4. On précise au testeur la règle du jeu : il retire sa main quand ça chauffe trop.

Si l'ampoule est suffisamment puissante (150 W de puissance électrique pour la nôtre), le testeur retire sa main au bout de quelques secondes (on pensera à noter combien) : « ça brûle ! ».

On colle ensuite sur le dos de la main un morceau de ruban adhésif blanc et on renouvelle l'expérience. Le testeur reste beaucoup plus longtemps avant de retirer sa main. On fait la même chose avec du ruban adhésif noir : il retire sa main plus rapidement que sans ruban adhésif.

La lumière transporte de l'énergie, et cette série d'observations traduit le fait que son absorption (et sa conversion en énergie thermique) est plus ou moins grande suivant la couleur de la surface qui est éclairée. Nous avons déjà tous pu faire le constat suivant : on a moins chaud au soleil habillé en blanc qu'habillé en noir.

L'expérience devient plus surprenante si on place sur le trajet de la lumière deux filtres en gélatine rouge et vert superposés, le but étant de couper la lumière visible. Avec nos filtres, il ne reste au point de focalisation qu'un petit disque rouge très peu lumineux. On demande alors au testeur de mettre le dos de sa main, toujours recouvert de ruban adhésif noir, au niveau de ce petit disque rouge sombre. Et surprise, il retire très rapidement sa main : « ça brûle toujours ! ».

Remarque :

Les filtres colorés peuvent être remplacés par n'importe quelle matière opaque à la lumière visible, mais transparente aux infrarouges proches émis par la lampe halogène ou le Soleil, par exemple deux filtres polarisants rectilignes croisés. On peut également faire l'expérience inverse, en plaçant devant la lumière une matière qui absorbe les infrarouges proches, comme par exemple un verre anti-calorique (qui absorbe aussi une partie de la lumière rouge) ou une cuve en verre avec quelques centimètres d'eau : on peut alors rester longtemps sans se brûler, alors que la lumière visible est très intense, voir tableau 1.

Des exemples de temps mesurés avant de retirer la main en fonction des conditions de l'expérience sont reportés dans le tableau 1.

Tableau 1. Temps mesurés (approximatifs) avant de retirer la main dans différentes conditions. La puissance électrique de l'ampoule halogène est de 150 W.

Main nue

Ruban adhésif blanc

Ruban adhésif noir

Ruban adhésif noir, filtres colorés rouge et vert

Ruban adhésif noir, verre anti-calorique

8 s

16 s

3 s

5 s

Plus de 60 s


Ces expériences peuvent également se faire au soleil, avec une loupe pour focaliser la lumière. La conclusion sera la même : on continue de se brûler quand on coupe (presque) toute la lumière visible. Attention car le Soleil étant une source de lumière très puissante, on se brûle très rapidement ! L'intérêt des ampoules halogènes est qu'elles émettent une proportion très importante d'infrarouges par rapport à la lumière visible (plus de 80% de l'énergie lumineuse émise), ce qui rend les effets avec les filtres colorés particulièrement spectaculaires : on se brûle presque aussi vite avec et sans lumière visible.

Ces observations sont a priori surprenantes car elles suggèrent que ce n'est pas que la lumière (visible) qui chauffe : il semble y avoir quelque chose d'autre qui vient de l'ampoule, qu'on ne voit pas et qui chauffe, mais QUOI ?

Remarque :

On pourra également utiliser pour ces expériences l'ampoule halogène d'un rétroprojecteur. Les ampoules de ces appareils sont très puissantes (plusieurs centaines de watts de puissance électrique) et il suffit de mettre sa main quelques secondes sous la lampe pour sentir une très forte chaleur, figure 5.

4. L'expérience historique de William Herschel

  • Objectif : comprendre que ce qui chauffe et qu'on ne voit pas dans les lumières du Soleil et de l'ampoule halogène est un rayonnement situé dans le spectre au-delà du rouge, et qu'on appelle pour cette raison « infrarouge » (littéralement « plus bas que le rouge »).

Pour arriver à cette conclusion, nous proposons de reproduire les expériences qu'a réalisées en 1800 un scientifique britannique d'origine allemande du nom de William Herschel [2].

En voulant observer sans se brûler les yeux la surface du Soleil à l'aide de télescopes, Herschel est amené à tester l'effet de différents verres colorés et noircis. Il écrit : « avec certains [verres], j'éprouvais une sensation de chaleur quoique j'eusse peu de lumière ; tandis que d'autres m'apportaient beaucoup de lumière mais presque aucune sensation de chaleur. » Il se demande donc si certaines couleurs composant la lumière du Soleil chauffent plus que d'autres. Pour répondre à cette question, il décompose la lumière du Soleil avec un prisme (cette expérience et son interprétation étaient connues depuis les expériences de Newton au XVIIe siècle), puis il place les réservoirs noircis de thermomètres à mercure dans les différentes couleurs du spectre, figure 6.

Schéma original de l'expérience d'Herschel montrant le spectre du Soleil projeté sur une table et les thermomètres à déplacer dans les différentes couleurs

Figure 6.  Schéma original de l'expérience d'Herschel montrant le spectre du Soleil projeté sur une table et les thermomètres à déplacer dans les différentes couleurs

Source : William Heschel, XIV. Experiments on the refrangibility of the invisible rays of the sun , Philosophical Transactions of the Royal Society of London, Royal Society, https://doi.org/10.1098/rstl.1800.0015 [2].


Il observe que l'augmentation de température, limitée à quelques degrés, est plus grande dans le rouge que dans le bleu, mais surtout, qu'elle est encore plus grande au-delà du rouge, dans une zone où on ne voit rien.

Remarque :

Herschel n'est pas le premier à déplacer un thermomètre dans le spectre de la lumière, mais il semble avoir été le premier à explorer la zone au-delà du rouge. Cette expérience peut être l'occasion d'évoquer la vie peu ordinaire de William Herschel, musicien de formation et devenu scientifiquement célèbre suite à sa découverte d'Uranus en 1781, mais aussi le rôle largement minimisé des femmes en sciences à cette époque à travers l'exemple de sa sœur, Caroline Herschel. Elle est représentée sur la figure 7 servant le thé alors qu'elle réalisait ses propres observations astronomiques et qu'elle a eu une brillante carrière scientifique. La plaque de la rue Herschel à Paris a été rebaptisée en 2021 rue Caroline et William Herschel, signe d'un changement d'époque ?

Cette expérience particulièrement démonstrative, peut être reproduite assez facilement avec la lumière du Soleil ou avec celle d'une ampoule halogène (moyennant un montage optique). Des exemples de réalisation sont décrits en détails dans la référence [3] et illustrés sur les figures 8 et 9. Un montage plus simple avec un seul thermomètre standard placé au-delà du rouge peut suffire si l'objectif est simplement de montrer une augmentation de température dans une zone où le spectre n'est plus visible.

Expérience d'Herschel avec la lumière du Soleil

Figure 8.  Expérience d'Herschel avec la lumière du Soleil

Les réservoirs de 10 thermomètres, recouverts de ruban adhésif noir, sont placés dans le spectre, avec 6 thermomètres dans la partie visible et 4 thermomètres au-delà du rouge. Les traits de couleurs indiquent la température donnée par les thermomètres en l'absence de lumière (référence, traits du bas) et quand ils sont placés dans le spectre (traits du haut). La différence entre ces deux traits donne l'augmentation de température.

Source : Julien Delahaye et al.


Expérience d'Herschel avec la lumière d'une ampoule halogène

Figure 9.  Expérience d'Herschel avec la lumière d'une ampoule halogène

Les réservoirs de 10 thermomètres, recouverts de ruban adhésif noir, sont placés dans le spectre, avec 6 thermomètres dans la partie visible et 4 thermomètres au-delà du rouge. Les traits de couleurs indiquent la température donnée par les thermomètres en l'absence de lumière (référence, traits du bas) et quand ils sont placés dans le spectre (traits du haut). La différence entre ces deux traits donne l'augmentation de température.

Source : Julien Delahaye et al.


On trouve avec le Soleil comme avec notre lampe halogène une augmentation notable de température qui se poursuit bien au-delà du rouge.

Attention, le réservoir noirci du thermomètre est utilisé ici comme capteur de rayonnement : le thermomètre ne mesure pas la température de l'air mais bien l'échauffement lié à l'absorption du rayonnement émis par le Soleil ou l'ampoule par le revêtement noir du réservoir, qui chauffe et qui dilate finalement le liquide présent dans le réservoir. Si on remplace le ruban adhésif noir (qui absorbe presque 100% du rayonnement visible et infrarouge) par un ruban adhésif blanc, ou même si on retire le ruban adhésif, les augmentations de température mesurées sont moindres [3].

5. Discussion : qu'est-ce qui chauffe au-delà du rouge ?

  • Objectif : mettre en perspective historique la conclusion que ce qui chauffe au-delà du rouge = infrarouges = ondes électromagnétiques.

Pour qualifier ce qui chauffe mais que l'on ne voit pas, Herschel parle dans ses articles de « rayons calorifiques », ou de « rayons de chaleur ». En comparant son spectre de chaleur (augmentation de température mesurée en fonction de la position dans le spectre) avec un spectre plus subjectif d'illumination, figure 10, il observe un décalage important entre les deux courbes, ce qui l'amène à penser que rayons de chaleur et de lumière sont de nature différente : « Ces rayons ne s'accordent ni sur leur réfrangibilité moyenne, ni sur la position de leur maximum. Là où la lumière est la plus intense, il y a peu de chaleur ; et là où il y a le plus de chaleur, on ne trouve aucune lumière » [2].

Spectre de chaleur (courbe avec aire grisée) et spectre d'illumination (courbe en pointillés) obtenus par William Herschel en 1800

Figure 10.  Spectre de chaleur (courbe avec aire grisée) et spectre d'illumination (courbe en pointillés) obtenus par William Herschel en 1800

Chaque trait vertical représente un point de mesure. L'axe des abscisses qui donne la position dans le spectre reprend les sept couleurs introduites par Newton une centaine d'années auparavant. Nous sommes en 1800 et il n'est pas encore question de longueurs d'onde.

Source : William Heschel, XIX. Experiments on the solar, and on the terrestrial rays that occasion heat; […] , Philosophical Transactions of the Royal Society of London, Royal Society, https://doi.org/10.1098/rstl.1800.0020 [2].


Ce n'est que beaucoup plus tard, à la fin du XIXe siècle, que les choses vont se clarifier et qu'on comprendra que rayons de lumière et de chaleur sont de même nature : ce sont des ondes électromagnétiques, qui ne diffèrent que par leur fréquence de vibration, donc par leur longueur d'onde. Le domaine des infrarouges s'étend entre 0,8 µm et ≅ 1 mm, avec les infrarouges dits proches entre 0,8 µm et 3 µm, moyens entre 3 µm et 25 µm, et lointains entre 25 µm et 1 mm. Au-delà commence le domaine des micro-ondes.

Herschel n'avait noté aucune augmentation de température mesurable au-delà du violet, à l'autre extrémité du spectre. Les ultra-violets ont été découverts un an seulement après les expériences d'Herschel, par Johann Ritter qui observe qu'un papier imbibé de chlorure d'argent noircit quand il est placé dans cette région du spectre. Il parle de « rayons oxydants ». On peut d'ailleurs profiter de l'expérience de décomposition par un prisme pour en montrer l'existence grâce au phénomène de fluorescence : un papier blanc qui contient des agents azurants, émet une lumière bleue quand il est placé dans la zone du spectre située au-delà du violet [4].

6. Spectres du Soleil et d'une ampoule halogène

  • Objectif : visualiser les compositions spectrales de la lumière du Soleil et de celle d'une ampoule halogène.

Depuis les mesures d'Herschel, les connaissances et les techniques ont évolué, et on représente aujourd'hui la répartition de la puissance lumineuse reçue de différentes sources en fonction de la longueur d'onde. Les courbes d'irradiance spectrale pour les lumières du Soleil et d'une ampoule halogène sont représentées sur la figure 11.

Irradiance

L’irradiance est aussi appelée éclairement énergétique et correspond à la puissance d'un rayonnement par unité de surface [W/m2]. Par exemple, l'irradiance solaire est la quantité d'énergie (intégrée sur toutes les longueurs d'onde) que reçoit, pendant une seconde, une surface de un mètre carré de la haute atmosphère de la Terre. Cela correspond à environ 1 368 W/m2. On pourra consulter : Mémento sur l'énergie (partie 2) : L'énergie solaire.

L’irradiance spectrale est l’irradiance par unité de fréquence ou de longueur d’onde, selon que le spectre est considéré comme une fonction de la fréquence ou de la longueur d’onde (exemple d'unités [W.m-2nm-1]).

En haut : Irradiance spectrale solaire normalisée, en bas : Irradiance spectrale normalisée d'une ampoule halogène avec filament en tungstène

Figure 11.  En haut : Irradiance spectrale solaire normalisée, en bas : Irradiance spectrale normalisée d'une ampoule halogène avec filament en tungstène

En haut : l'irradiance spectrale solaire normalisée, en fonction de la longueur d'onde, au sommet de l'atmosphère et au niveau de la mer, est comparée à la loi d'un corps noir à 5900 K. Le spectre au niveau de la mer présente des bandes d'absorption de l'atmosphère dans l'ultraviolet (notamment par l'ozone) et dans l'infrarouge (notamment par la vapeur d'eau et le dioxyde de carbone). En bas : l'irradiance spectrale normalisée d'une ampoule halogène avec filament en tungstène (données pour l'ampoule SLS201L commercialisée par Thorlabs, température de couleur de 2796 K), est comparée à la loi d'un corps noir à 2800 K. On notera les écarts importants à la loi du corps noir au-delà de 1 µm.

Source : irradiance spectrale solaire d'après Konijwolf, Wikimedia, irradiance spectrale d'une ampoule halogène d'après Thorlabs.


Remarque :

Le maximum d'intensité du spectre solaire est situé dans le vert, et non dans le proche infrarouge comme dans l'expérience d'Herschel. Cette différence tient à plusieurs facteurs, le principal étant la déformation du spectre par la loi de dispersion du prisme, qui n'est pas linéaire en longueur d'onde et qui tend à plus concentrer les grandes longueurs d'onde (rouge, infrarouge) que les petites (bleu, violet) (voir [3] et [6] pour plus de détails).

7. Bilan radiatif de la Terre : étape 1

Cette première série d'expériences permet de commencer un schéma du bilan radiatif de la Terre (dans ce schéma très simplifié, on ne représente pour l'instant pas l'atmosphère). De l'énergie provenant du Soleil sous forme de rayonnement visible et infrarouge proche arrive sur Terre avec une puissance moyenne de 340 W/m2 (flèche jaune incidente). Environ 30% de cette puissance (100 W/m2) est directement réfléchie et donc renvoyée vers l'espace (flèche jaune qui repart vers l'espace), le reste étant absorbé par la Terre. Localement, la part de l'énergie réfléchie dépend de la « couleur » de la surface de la Terre (neige, forêt, désert, etc.), i.e. de son coefficient de réflexion, comme nous l'avons vu avec l'exemple de la main et des rubans adhésifs colorés. Elle est quantifiée par la notion d'albédo. En réalité, plus des trois quarts des 100 W/m2 renvoyés vers l'espace (77 W/m2) sont réfléchis par l'atmosphère (nuages, etc.), contre moins d'un quart par le sol terrestre (23 W/m2) (voir figure 1).

Étape 1 du bilan radiatif simplifié de la Terre

Figure 12.  Étape 1 du bilan radiatif simplifié de la Terre

Source : Julien Delahaye et al.


Articles suivants :

  • 2 - La Terre émet aussi des infrarouges - le 7 avril
  • 3 - Les gaz à effet de serre absorbent en partie les infrarouges moyens émis par la Terre - le 16 avril

Références

[1] Effet de serre, une illustration remise dans son contexte, Delphine Chareyron et Olivier Dequincey, avril 2023. CultureSciences Physique - ISSN 2554-876X.

[2] William Herschel a décrit ses expériences dans quatre articles, tous publiés en 1800 dans les Philosophical Transactions of the Royal Society of London, volume 90, respectivement p. 255-283, p. 284-292, p. 293-326, et p. 437-538.

[3] À la découverte des infrarouges, 1ère partie : l'expérience d'Herschel comme introduction à l'effet de serre, Julien Delahaye, Aude Barbara, Olivier Cépas, Céline Goujon, Yvonne Soldo et Sylvie Zanier, à paraître au Bup.

[4] Fluorescence et phosphorescence, site 123couleurs.fr.

[5] Page Wikipédia Sunlight.

[6] À la découverte des infrarouges, 2ème partie : spectrométrie avec un prisme et des thermomètres, Julien Delahaye, Aude Barbara, Olivier Cépas, Céline Goujon, Yvonne Soldo et Sylvie Zanier, à paraître au Bup.

Pour citer cet article :

Des infrarouges aux gaz à effet de serre - Expériences et explications pour comprendre les phénomènes en jeu (1/3), Julien Delahaye, Aude Barbara, Olivier Cépas, Céline Goujon, Yvonne Soldo, Sylvie Zanier, mars 2025. CultureSciences Physique - ISSN 2554-876X, https://culturesciencesphysique.ens-lyon.fr/ressource/Infrarouges-GES_Delahaye-1.xml

Ressource au format PDF